Les trois Glorieuses

Ce sont Danielle Darrieux, Michèle Morgan et Micheline Presle.

J'ai repris à leur propos le titre du documentaire que le journaliste Henry-Jean Servat leur a consacré.

Trois formidables actrices françaises. Elles ont beaucoup de points communs: elles sont nées à peu près au même moment (Darrieux en 1917, Morgan en 1920, Presle en 1922), elles ont débuté très jeunes (Darrieux à 14 ans, les deux autres à 17 ans), elles continuent à jouer à plus de 90 ans – sauf Michèle Morgan qui s'est arrêtée volontairement avant d'avoir atteint 70 ans.
Il est amusant de constater qu'elles ont, toutes les trois, incarné une maîtresse royale dans un film de Sacha Guitry. Darrieux a été Agnès Sorel, Morgan Gabrielle d'Estrées (c'était dans «Si Paris nous était conté») et Micheline Presle a été Madame de Pompadour dans «Si Versailles m'était conté». Toutes trois ont figuré dans le «Napoléon» du même Guitry. Michèle Morgan et Micheline Presle ont été (successivement et pour un temps très court) mariés avec le même homme (l'Américain Bill Marshall).
Elles ont joué avec Jean Gabin (pour Darrieux dans «La vérité sur Bébé Donge» et «Le Plaisir», pour Morgan dans «Quai des brumes» et «Remorques», pour Micheline Presle dans «Le baron de l'Ecluse») et avec Gérard Philipe (Darrieux: Le Rouge et le Noir et Pot-Bouille, Morgan: Les Orgueilleux et Les grandes manœuvres, Presle: Le diable au corps). Mais aussi avec Catherine Deneuve (Darrieux surtout: L'homme à femmes, Les demoiselles de Rochefort, Le lieu du crime, Huit femmes, Les liaisons dangereuses – mais aussi Morgan: Benjamin ou le mémoires d'un puceau – et Micheline Presle: Peau-d'Ane, La chasse à l'homme).
Elles ont parfois joué ensemble, surtout Darrieux et Morgan (Les lions sont lâchés, Landru). Mais aussi Darrieux et Presle (Le jour des rois).
Elles ont fait de la télé. Micheline Presle en particulier (Les Saintes Chéries, série culte de Jean Becker en 1965). Mais aussi Michèle Morgan (Le tiroir secret, dans les années 80). Et dans une moindre mesure, Danielle Darrieux (Les liaisons dangereuses, de Josée Dayan, en 2002).
Elles ont joué à l'étranger – aux Etats-Unis, en Italie, en Angleterre. En particulier: L'enquête de l'inspecteur Morgan, de Joseph Losey, pour Micheline Presle, L'affaire Cicéron, de Joseph Mankiewicz, pour Danielle Darrieux, Première désillusion, de Carol Reed, pour Michèle Morgan.
Elles ont intéressé de jeunes metteurs en scène, aussi bien dans leur âge mûr que dans leur vieillesse. Surtout Danielle Darrieux qui a fait des films avec Jacques Demy, André Téchiné, Claude Chabrol, François Ozon, Anne Fontaine, Pascal Thomas... entre autres. Mais également Micheline Presle (Jean Valère, Jacques Rivette, Philippe de Broca, Jacques Davila, Jérôme Savary, et sa propre fille, Tonie Marshall). Et dans une moindre mesure, Michèle Morgan (Chabrol, Lelouch, Michel Deville).

Danielle Darrieux s'appelle vraiment Danielle Darrieux. Tandis que Michèle Morgan est née Simone Roussel et Micheline Presle Micheline Chassagne. La première est née à Bordeaux, les deux autres à Paris (enfin, Neuilly-sur-Seine en ce qui concerne Michèle Morgan).


Les principaux films de Danielle Darrieux


Son premier rôle, c'est dans «Le Bal» de Wilhelm Thiele, en 1931. Elle a 14 ans et le rôle principal, celui d'une adolescente en conflit avec sa mère.
Vient ensuite une série de comédies dirigées par Henri Decoin qui deviendra son mari et dans lesquelles il lui arrive de chanter.
1936: Mademoiselle ma mère (avec Pierre Brasseur)
1937: Abus de confiance (avec Charles Vanel)
1938: Retour à l'aube (avec Pierre Dux)
1939: Battements de cœur (avec Claude Dauphin)
1941: Premier rendez-vous (avec Louis Jourdan et Fernand Ledoux)
Egalement, à la même époque, deux rôles «en costume» qui lui apportent la célébrité internationale: «Mayerling» d'Anatol Litvak en 1935, «Katia» de Maurice Tourneur en 1938.
La guerre et l'immédiate après-guerre lui offrent peu de rôles intéresssants. A part «La fausse maîtresse», d'André Cayatte en 1942, «Ruy Blas», de Pierre Billon en 1947 et surtout «Occupe-toi d'Amélie», de Claude Autant-Lara en 1949.
Sa grande époque, ce sont les années 50. Il y a d'abord trois films de Max Ophuls, trois chefs-d'oeuvre où elle est étincelante:
1950: La ronde
1951: Le plaisir
1953: Madame de...
Ce dernier film est sans doute le sommet de sa carrière. Elle est superbe et émouvante dans un rôle de femme frivole découvrant la gravité en même temps que l'amour mais pour un homme qui ne la mérite pas.
Elle retrouve alors son ex-mari, Henri Decoin, pour un autre beau rôle «La vérité sur Bébé Donge» avec Jean Gabin, en 1951. Encore un grand rôle, cette fois aux Etats-Unis, pour Joseph Mankiewicz: «L'affaire Cicéron» (en 1952, avec James Mason) et aussi une comédie musicale exquise: «Riche, jeune et jolie» de Norman Taurog (en 1951).
Puis viennent une série de films «de prestige» comme «Le Rouge et le Noir» de Claude Autant-Lara, en 1956 (avec Gérard Philipe), «Pot-Bouille» de Julien Duvivier, en 1956 (toujours avec Gérard Philipe) ou «L'amant de Lady Chatterley» de Marc Allégret, en 1955. Après Stendhal, Zola et D.H. Lawrence, un sombre drame historique («L'affaire des poisons», d'Henri Decoin, 1955) et une délicieuse comédie de Raymond Bernard («Le septième ciel», 1957). Et en 1959 , avec «Marie-Octobre» de Julien Duvivier, une histoire à suspense qui prend prétexte de la Résistance et qui vaut surtout grâce à son interprétation.
Les années 60 sont pleines de surprises. Il y a des comédies de mœurs, agréables et superficielles, comme «L'homme à femmes» de Jacques-Gérard Cornu, en 1960 (un des premiers rôles de la toute jeune Catherine Deneuve) ou «Les lions sont lâchés» d'Henri Verneuil l'année suivante (avec Michèle Morgan et Claudia Cardinale) mais aussi des films d'auteur tels «Le coup de grâce» de Jean Cayrol (en 1964), «Le dimanche de la vie», de Jean Herman (en 1965) ou «L'Or du Duc» de Jacques Baratier (toujours en 65). Une apparition dans le «Landru» de Chabrol (en 62) aussi bien qu'un film tout entier construit autour de sa personne, comme «Vingt-quatre heures de la vie d'une femme» de Dominique Dellouche en 1967. Et surtout un rôle merveilleux et qui lui donne une nouvelle occasion de chanter: la mère des jumelles, Madame Yvonne, dans «Les demoiselles de Rochefort» de Jacques Demy en 1966.
Elle a alors 50 ans. Sa carrière se poursuit, jalonnée de films parfois surprenants, avec de grands ou de petits rôles. Les plus marquants:
1975: Divine (Dominique Dellouche)
1978: Le cavaleur (Philippe de Broca)
1982: Une chambre en ville (Jacques Demy)
1983: En haut des marches (Paul Vecchiali)
1986: Le lieu du crime (André Téchiné)
Corps et biens (Benoît Jacquot)
1988: Quelques jours avec moi (Claude Lelouch)
1990: Le jour des rois (Marie-Claude Treilhou)
2000: Ca ira mieux demain (Jeanne Labrune)
2002: Les liaisons dangereuses (Josée Dayan)
Huit femmes (François Ozon)
2003: Une vie à t'attendre (Thierry Klifa)
2006: Nouvelle chance (Anne Fontaine)
2007: L'heure zéro (Pascal Thomas)
2010: Pièce montée (Denis Granier-Defferre)

Ses meilleurs rôles? Pour moi: Madame de..., La vérité sur Bébé Donge, L'affaire Cicéron, Les demoiselles de Rochefort, Le plaisir, Occupe-toi d'Amélie.
Elle a tourné un peu plus de cent films. Et elle a fait également pas mal de théâtre (La robe mauve de Valentine, par exemple).


Les principaux films de Michèle Morgan

Elle débute à 17 ans dans «Gribouille» de Marc Allégret et «Orage», toujours de Marc Allégret – les deux films sont de 1937. L'année suivante, c'est «Quai des brumes» de Marcel Carné, avec Jean Gabin. Ses yeux clairs sont célèbres et les scénaristes se délectent à les faire pleurer: sous le signe du réalisme poétique, elle est l'héroïne de plusieurs drames, mélancoliques et pessimistes, où le Destin se joue des espérances humaines – il y aura encore «La loi du Nord» de Jacques Feyder et «Les musiciens du ciel» de Georges Lacombe, tous deux de 1939. Et surtout le très beau «Remorques» de 1940, un film de Jean Grémillon où son partenaire est, une fois encore, Jean Gabin.
Pendant la guerre, elle part aux Etats-Unis, s'y marie, divorce, et tourne quelques films aisément oubliables.
Dès 1946, elle est de retour en France et décroche un prix d'interprétation pour «La symphonie pastorale» de Jean Delannoy. Elle tourne aussi en Angleterre («Première désillusion» de Carol Reed, en 1947) et en Italie («Fabiola» d'Alessandro Blasetti, en 1949, où son partenaire est Henri Vidal, qui sera son second mari).
Les années 50 vont lui offrir quelques grands rôles, de «L'étrange Madame X» de Jean Grémillon en 1951 au «Miroir à deux faces» d'André Cayatte en 1958. Mais ses films les plus éclatants, ce seront, successivement, «Les Orgueilleux» d'Yves Allégret en 1953, avec Gérard Philipe, «Les grandes manœuvres» de René Clair en 1955, toujours avec Gérard Philipe et une débutante: Brigitte Bardot, puis «Marguerite de la nuit» de Claude Autant-Lara, la même année (avec Yves Montand) et «Marie-Antoinette» de Jean Delannoy en 1956. Elle est alors, à 36 ans, au sommet de sa carrière. Elle partage la vedette avec Danielle Darrieux dans «Les lions sont lâchés» d'Henri Verneuil (1961), fait une apparition dans le «Landru» de Chabrol, est l'héroïne d'un thriller conventionnel de Robert Hossein, «Les yeux cernés» (en 1964) et d'un beau film italien («Le procès des Doges» de Duccio Tessari en 1963, tourne enfin, avec Michel Deville, ce qui est peut-être le plus beau film de sa carrière: la comédie douce-amère «Benjamin ou les mémoires d'un puceau» où, face à Catherine Deneuve et à Michel Piccoli, elle est au sommet de sa beauté dans le rôle d'une comtesse mûrissante (c'est en 1967). Il y aura encore «Le chat et la souris», un film très plaisant de Claude Lelouch et, pour la télé, une histoire à épisodes très bien faite, «Le tiroir secret». Nous sommes dans les années 80 et elle décide, ayant atteint la soixantaine, de ne plus tourner.
Elle a fait du théâtre sur le tard, en particulier «Chéri» en 1982.

Ses plus beaux rôles sont dans Quai des brumes, Remorques, La symphonie pastorale, Les grandes manœuvres, Marie-Antoinette et Benjamin.


Les principaux films de Micheline Presle

Elle aussi débute à 17 ans. C'est en 1939 et dans un film de Pabst, «Jeunes filles en détresse». La même année, il y a également un film d'Abel Gance, «Paradis perdu». Puis vient Marcel Lherbier pour qui elle fera trois films:
- La comédie du bonheur (1940)
- Histoire de rire (1941)
- La nuit fantastique (1942)
(eu égard à la période, les titres des deux premiers films sont curieusement choisis!)
A la même époque, il y eut un film de Georges Lacombe «Elles étaient douze femmes» (1941) et surtout «Félicie Nanteuil» (1942) de Marc Allégret, film dans lequel elle chante. Sans oublier «La belle aventure», même année, du même Allégret et «Un seul amour» (1943) de Pierre Blanchar, d'après Balzac.
Autres rôles importants de ces années-là: «Falbalas», de Jacques Becker (1944), «Boule-de-suif» de Christian-Jaque (1945), «Les jeux sont faits» de Jean Delannoy en 1947 et, la même année, ce qui reste son plus beau rôle: Marthe dans «Le diable au corps» de Claude Autant-Lara, face à un Gérard Philipe bouleversant de fougue et de jeunesse.
Suivent quelques années décevantes aux Etats-Unis, le temps d'épouser Bill Marshall (juste divorcé de Michèle Morgan – il faut croire qu'il avait du goût pour les actrices françaises), d'en avoir une fille, de se séparer de lui. Le seul bon film qu'elle aurait pu tourner, «L'affaire Cicéron», lui échappe parce qu'elle est enceinte et le rôle va à Danielle Darrieux (à laquelle il convient beaucoup mieux à mon avis). Quand elle rentre en France on l'a à peu près oubliée, à part Raymond Bernard pour qui elle est, en 1952, «La dame aux camélias» et Jean Grémillon qui l'engage pour le rôle principal de «L'amour d'une femme» (1954) qui reste un des grands films de Micheline Presle. Elle se tourne vers l'étranger et fait deux films passionnants: en 1956, «Le château des amants maudits» de Riccardo Freda (Italie) et en 1959, «L'enquête de l'inspecteur Morgan» de Joseph Losey (Angleterre). La France, enfin, se souvient d'elle et en 1960 elle tourne, coup sur coup, «Le baron de l'Ecluse» de Jean Delannoy avec Jean Gabin et «Les grandes personnes» de Jean Valère avec Maurice Ronet et Jean Seberg.
Elle fera ensuite pas mal de films mais y aura rarement un rôle de premier plan. Un choix des plus intéressants:
- L'assassin, d'Elio Petri (1961), avec Marcello Mastroianni.
- La chasse à l'homme, d'Edouard Molinaro (1964).
- La religieuse, de Jacques Rivette (1965).
- Le roi de cœur, de Philippe de Broca (1966)
- Le bal du comte d'Orgel, de Marc Allégret (1969)
- Peau-d'Ane, de Jacques Demy (1970)
- Certaines nouvelles, de Jacques Davila (1976)
- Le boucher, la star et l'orpheline, de Jérôme Savary
- Vénus Beauté, de Tonie Marshall (1998)
Tonie Marshall est sa fille et elle lui avait auparavant donné l'occasion de jouer une belle scène dans son film précédent, «Pas trop catholique» en 1993 ainsi que dans «Enfants de salauds» en 1995.
Ses plus beaux rôles, elle les a eus dans Félicie Nanteuil, Le diable au corps, L'amour d'une femme, Le baron de l'Ecluse.

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