Center Stage
(Stanley Kwan, 1993)

titre original: Ruan Lingyu

C'est un film sur l'actrice chinoise la plus célèbre des années 30: Ruan Lingyu, qui se suicida à l'âge de 25 ans après avoir joué dans une vingtaine de films.
Mais «Center Stage» n'a rien d'une biographie classique. Le film se déroule en fait sur trois plans. Il y a aujourd'hui, et l'on entend le metteur en scène Stanley Kwan parler avec ses acteurs et en particulier avec Maggie Cheung qui s'apprête à jouer Ruan Lingyu. On le voit préparer et tourner son film, interviewer les survivants des années 30, et les acteurs discuter de leurs personnages. Et il y a autrefois, un autrefois en quelque sorte dédoublé. Le vrai, saisi par les traces qui en reste sur pellicule, c'est-à-dire des extraits de films où l'on voit la véritable Ruan Lingyu. Et le fictif, sous forme de scènes jouées par des acteurs d'aujourd'hui. Ces trois plans s'enchevêtrent, se superposent et finissent par composer une trame solide qui présente à la fois une personne et son époque.
Et c'est tout à fait passionnant. Car ce que Stanley Kwan cherche à faire revivre par son film, ce n'est pas seulement le destin douloureux d'une actrice, si douée, si émouvante, si intéressante soit-elle, c'est aussi l'âge d'or du cinéma chinois. Et le Shanghai des années 30, raffiné et révolutionnaire, influencé par l'Occident mais pourtant profondèment chinois, opulent et menacé. Au milieu de tout cela un groupe de jeunes cinéastes avec des idées de gauche et de jeunes actrices bien décidées à montrer par leurs rôles et leur exemple qu'une femme moderne était en train de naître dans la vieille Chine.

Des jeunes femmes en qipao dansent la rumba et le tango avec des jeunes hommes en costume-cravate. Il y a la morale confucéenne et la presse à scandale. Et les attaques des Japonais. Et Ruan Lingyu, ses films, ses amours, ses amis, la petite fille qu'elle a adoptée... Tout cela à la fois montré et réfléchi comme en un miroir, le double plan supprimant l'effet de nostalgie.
J'ai dû voir ce film plusieurs fois pour vraiment le comprendre et l'apprécier. La première fois, je savais vraiment trop peu du cinéma chinois de cette époque et bien des détails importants m'échappaient. Sans parler des circonstances historiques. J'ai donc étudié le sujet avant de revoir le film. Lequel, à chaque vision (je l'ai vu quatre fois en deux ans) acquiert un peu plus de profondeur et de richesse.
Même si elle ne ressemble pas à Ruan Lingyu Maggie Cheung est magnifique. Grâce à elle, et à ce film, un moment unique de civilisation nous est donné à voir, sans la part d'exotisme superficiel et de fade nostalgie qui sont trop souvent associés à tout retour sur le passé.

 

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